Login

Lost your password?
Don't have an account? Sign Up

Kabare : l’attrait vers l’or de Luhihi dû à la pauvreté aigue et au chômage accru (Episode du sur les activités minières à Luhihi)

Quelques dispensaires, restaurants et bistrots de fortune sont opérationnels dans le site d’or à Luhihi

Un autre acteur important dans les carrières d’or, est la femme qui entreprend une multitude d’activités surtout dans le domaine de la restauration populaire et de buvettes ou « Nganda ». C’est vraiment l’émergence des centres commerciaux autour des carrières d’or.

(Ph 1.)

Aux alentours de ce carré minier de Nyenyezi et de Kajabwe, fonctionnent déjà quelques restaurants et bistrots de fortune des petits commerçants et d’autres vendeurs ambulants des cartes prépayées et mobile money. Certaines coopératives d’épargne sont déjà fonctionnelles sur place, centres de santé et pharmacies, ont choisi pour le moment Luhihi pour écouler facilement leurs produits et articles.

Le rôle des services étatiques

Au moins tous les services générateurs des recettes en province comme la Direction Provinciale de Mobilisation des Recettes, DPMER sont aussi représentés à Luhihi afin de percevoir les taxes de l’Etat dues à l’exploitation des minerais dans cette contrée.

Sur la voie menant à Luhihi, vous n‘échapperez  pas aux différentes barrières. Là on vous arrête pour l’Impôt Professionnel sur le revenu au compte de la Chefferie de Kabare, ici, c’est une barrière de la Police, ailleurs c’est un autre service étatique qui s’y improvise sans que vous n’ayez l’information. D’interminables discussions et conciliabules sont engagées jusqu’à vouloir en arriver aux mains.  On se  gronde à tue-tête sur le bien-fondé des taxes perçues.

Si l’Etat joue un rôle réglementaire, notamment dans l’institution d’une zone d’exploitation artisanale qui est faite par voie d’Arrêté du Ministre après avis de la Direction des Mines et du Gouvernement de la province concernée. L’Etat, comme premier acteur, devrait être présent dans toutes les carrières d’or à travers ses différents services et administrations. C’est qui est loin de la réalité à Luhihi. On doit y voir :

Le cadastre minier (CAMI) créé en 2003. Il est responsable de l’octroi et du renouvellement des concessions et des droits miniers pour la recherche et l’exploitation des minerais

La Direction des Mines chargée de l’Inspection et du Contrôle des Activités Minières et des Travaux de Carrières en matières de sécurité, d’hygiène, de conduite de travail, de production, de transport, de commercialisation et sociale. Elle est chargée aussi de la compilation et de la publication des statistiques et informations sur la production et la commercialisation des produits des mines et de carrières. Elle est seule habilitée à contrôler et à inspecter l’exploitation minière industrielle, l’exploitation minière à petite échelle et l’exploitation artisanale. Elle reçoit et instruit les demandes d’agrément au titre des comptoirs d’achat. Sur papier, ce service est représenté dans chaque territoire. La réalité sur le terrain est autre et fera l’objet d’autres  articles sur la santé et l’environnement, la présence des femmes et enfants mineurs dans le site.

Le SAEMAPE : Le Service d’Assistance et d’Encadrement de l’Exploitation Minière Artisanale et à Petite Echelle, ancien Service d ‘Assistance et d’Encadrement des Small Scale Mining (SAESSCAM)  fondé en 1999. Ce service est subordonné au ministère des mines seulement depuis 2003. Il est chargé de l’organisation et de surveillance du secteur minier de type artisanal. De nombreux bureaux de SAEMAPE se mettent progressivement en place depuis 2005. Il est prévu d’organiser des coopératives modèles sur l’ensemble des provinces minières. On a constaté que le SAEMAPE manque des capacités de déploiement sur l’ensemble du pays et ne dispose pas des moyens de travail conséquent. Sa présence n’a pas été manifeste dans les carrières où nous sommes passé.

Le service chargé de la Protection de l’Environnement Minier  au sein du Ministère des Mines exerce, en coordination avec les autres organismes de l’Etat chargés de la protection de l’environnement, les prérogatives qui lui sont dévolues par le Code minier et par toute autre réglementation en matière de protection de l’environnement, notamment la définition et la mise en œuvre de la réglementation minière en matière de protection de l’environnement en ce qui concerne le régime pour la prospection, le régime pour les exploitants artisanaux, les directives pour les opérations de recherches et d’exploitation des mines et des carrières et les modalités de contrôle des obligations en matière de protection de l’environnement.

Attrait vers l’or

Mais qu’est-ce qui justifie au juste l’engouement de la population active vers l’orpaillage au point même d’abandonner d’autres activités telles que l’agriculture, la pêche, le commerce, l’artisanat, les études, etc.

Plusieurs raisons, aussi bien économiques que sociales justifient l’attrait des populations des divers territoires du Sud-Kivu vers l’activité aurifère.

Les motivations purement économiques, c’est-à-dire le gain, le profit sont les facteurs incitatifs à cette activité. Un revenu rapide et élevé. Selon FIKIRI Paul creuseur et habitant de Luhihi, contrairement aux activités champêtres, artisanales et commerciales, l’orpaillage permet aux acteurs d’avoir rapidement de l’argent. C’est ce qui motive une grande partie de la population qui se rue sur les sites d’orpaillage. En effet, pour chaque type ou mode d’exploitation, l’or peut être recueilli sur place le même jour ou quelques jours après, en tout cas au plus deux semaines. Quand on a déjà le sable fin, le lavage simple ne prend qu’un jour ; la production est vendue sur place au soir même du lavage.

Cette activité génère aussi un revenu élevé par rapport aux activités socio-économiques. Selon lui, le revenu moyen des orpailleurs s’élève à environ 300 dollars américains par mois.

(ph2)

En plus de la motivation d’un revenu élevé, il y a d’autres raisons qui poussent les gens à devenir creuseurs. Il s’agit de: une activité de soudure en attendant que les activités économiques reprennent leur rythme normal, il est judicieux pour eux d’exploiter artisanalement l’or en vue de faire face aux charges familiales qui leur incombent.

Prosper MAJIRANE, un jeune garçon d’environ 20 ans croit que creuser l’or avec certains de ses amis, est une activité circonstancielle et un soutien aux parents. « Une grande partie des acteurs ne pense pas exercer cette activité pour toujours. Ils sont là juste pour avoir de l’argent pour faire face à des besoins urgents. C’est le cas des élèves qui sont massivement présents sur les sites pendant cette période de COVID-19. Ils disent être là pour avoir un fonds et aider leurs parents dans le financement de leur scolarité »

Pour Jacquie M’MULEGWA, l’orpaillage les amène à des opportunités d’affaires inespérées : «  les sites d’orpaillage sont pour certaines personnes une occasion de faire du commerce vu le nombre important de population qui s’y trouve. Plusieurs produits sont offerts aux orpailleurs. Il s’agit du commerce de produits vivriers mais aussi de médicaments. Notons aussi la croissance de la vente des instruments d’orpaillage notamment les bêches, les pioches, etc. Ce commerce, d’ailleurs informel, se fait sur les sites d’orpaillage et n’a rien à voir avec celui pratiqué pour les besoins ordinaires des paysans agriculteurs.

A propos de l’effet de mode, Jacquie M’MULEGWA justifie sa présence à l’orpaillage en ces termes : «On parle trop de ça. Il faut que je vienne voir ce qu’on gagne réellement. Quand les gens font,  il faut faire aussi, on ne sait jamais où se trouve la chance… ». Des cas de prostitutions sont nombreux avec ses corollaires : les infections sexuellement transmissibles. Plusieurs filles et femmes provenant de Bukavu et autres territoires du Sud-Kivu et même d’autres pays et provinces s’étalent à Luhihi, leur nouveau lieu de prédilection, pour y exercer la prostitution.

Gain rapide et élevé mais dans l’illégalité

Nous avons trouvé que l’orpaillage génère un revenu rapide et élevé.  Bien que ce revenu soit globalement affecté à la consommation alimentaire et vestimentaire, quelques personnes nous ont témoigné avoir acheté des tôles de leurs maisons en semi durables par le revenu issu de l’orpaillage. D’autres se sont procurés des parcelles dans les chefs-lieux des territoires grâce au revenu tiré de l’orpaillage. D’autres encore ont acheté des biens d’équipement domestiques, des vélos voire des motos. Il y a quand même un flux financier très important à l’origine duquel il y a l’exploitation artisanale de l’or. Les creuseurs et surtout des mineurs sont quelques fois confrontés à de grandes quantités d’argent. La découverte d’une pépite ou d’une veine d’or signifie souvent l’avènement rapide d’une fortune. Ainsi, dans les carrières, les orpailleurs dépensent souvent leur argent pour de la bière et de « lotoko » (l’alcool local fait de maïs et de manioc) dans des « nganda » locaux. Quelques habitants de Luhihi rencontrés et contents de cette manne divine, pensent que l’exploitation des minerais d’or dans leur milieu  contribuera au développement de leur entité et leur ouvrira les portes de plusieurs opportunités. Beaucoup de chômeurs trouvent une activité rémunératrice. C’est le cas de Cléophas MIRINDI, originaire du milieu et gérant d’un restaurant dit « nganda Luhihi.»

(Ph 3)

L’orpaillage dans l’ensemble de sites visités à Luhihi se déroule aussi dans des conditions d’illégalité. En effet, selon le Code minier congolais, il faut une autorisation délivrée par les services de l’administration minière pour toute exploitation artisanale. Le constat que nous avons fait sur le terrain c’est que presque tous les petits orpailleurs (ou petits exploitants) n’ont pas la connaissance de cette loi. Ils n’ont donc pas d’autorisation d’exploitation. Aucune action contraignante n’est aussi menée en vue de régulariser le secteur. Ce mutisme des autorités compétentes sur l’illégalité des orpailleurs est ainsi un des facteurs de la croissance de l’exploitation artisanale de l’or dans la contrée.

2ème partie du grand reportage de RATECO S/K réalisé à Luhihi

Leave a Comment

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*