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Kabare : Luhihi, le Eldorado Sud-Kivutien; grand reportage sur les activités minières à Luhihi (épisode 1)

Le groupement de Luhihi en territoire de Kabare, situé à peu près à une quarantaine de kilomètres de la ville deBukavu, expérimente d’intenses mouvements des va et vient de différents creuseurs d’or jadis vu à Misisi, Kamituga et ailleurs pour l’exploitation artisanale de l’or.

C’est depuis le début de l’an 2020, que diverses populations se ruent sur l’or dans ce groupement. Personne n‘aurait parié sur la présence de ce minerais dans Luhihi il y a peu, avant que le gouvernement provincial à travers son Ministre  Provincial des Mines n’annonce son existence dans le milieu.

Si vous venez de Bukavu vers Kavumu centre, il suffit que vous vous présentiez au parking des motos, pour se rendre compte de centaines de personnes qui se rendent quotidiennement à Luhihi. Et si vous désirez y rendre, on vous hèlera pour vous y conduire.

Deux voies principales s’offrent à votre choix: soit vous passez par Katana vers la cimenterie, soit vous empruntez  un raccourci par une voie sinueuse, non carrossable en aval de l’aéroport de Kavumu. Pas de voitures qui s’aventurent sur ce trajet. Le seul moyen de transport, c’est la moto. Il est très rare qu’elle transporte une seule personne. Il faut être à deux plus le motard et déboursé quelques chose comme cinq dollars pour un trajet de moins de cinq kilomètres. S’il pleut, c’est un calvaire que d’arriver sur le lieu, au grand bonheur des motards qui doublent le prix de la course.

Femmes, hommes, enfants, jeunes, sacs à dos, ils sont nombreux à se  rendre dorénavant à Luhihi pour une seule cause : tenter sa chance dans l’exploitation de l’or.

Cette exploitation artisanale de l’or a attiré un nombre important de paysans et des chômeurs urbains en quête de fortune ou simplement de survie économique. Ces migrations ont eu des effets importants sur le paysage socio- économique des centres miniers ruraux périphériques et centres « urbanisés ». Ainsi, dans ce centre, on trouve désormais des marchés des produits vivriers, des boutiques et officines pharmaceutiques, la naissance du secteur tertiaire en campagne où sont organisés certains services tels que les restaurants populaires, la téléphonie, le transfert des fonds, les bars, le transport (vélo ou moto taxi),  etc.

L’environnement économique du groupement de Luhihi est marqué par des potentialités naturelles, du sous-sol énormes (or, gaz méthane, bois, fabriques des briques cuites, cours d’eau, etc.) et des potentialités touristiques (eaux thermales de Mahyuza) capables de propulser la croissance économique et le développement des populations locales. Malheureusement, toutes ces richesses n‘ont jamais servi à l’essor de Luhihi.

Il possède un sol fertile favorisé par un climat tropical humide fortement influencé par l’altitude. Cette fertilité du sol favorise la production de différents produits : manioc, maïs, haricot, igname, patate douce, ail, banane, soja, choux et autres légumes.

Les activités économiques du groupement sont, pour la plupart, à caractère individuel et familial. La population autochtone vit principalement de travaux agricoles, de la pêche, d’élevage et de commerce. Actuellement  nombreux jeunes s’orientent vers les travaux de creuseur de l’or et de motard au détriment de toute autre activité : champêtre, scolaire, pêche,…

Dans l’ensemble du groupement, le relief du sol est accidenté par de grandes et petites collines dont l’élévation peut atteindre 300 à 400 m. Le sol est argileux, surtout aux endroits se trouvant près des rivières et dans d’autres endroits le sol est argilo -sablonneux.  A cause de son enclavement, le moyen de transport longtemps utilisé a été le lac avec la pirogue et pédestre (on a toujours fait les pieds avec sa charge soit sur le dos pour la femme soit sur la tête pour l’homme). Cela n’a pas favorisé les activités commerciales.

Les problèmes majeurs de Luhihi et qui constituent la manifestation même de la pauvreté généralisée qui sévit dans le pays sont la pauvreté intellectuelle (analphabétisme), la pauvreté socio-économique (manque d’eau potable, inexistence des marchés agricoles, impraticabilité des routes de desserte agricole, …) et la pauvreté sécuritaire (conflits sociaux), absence des services d’encadrement des paysans, d’intrants agricoles et des marchés des produits agricoles.

Jadis appelée « repère des sorciers » par ses détracteurs, Luhihi devient très fréquentable. La découverte et l’exploitation de son or en fait dorénavant le paradis et l’endroit où émerge l’abondance : le lait et le miel insoupçonnés (la découverte de l’or) y coulent à flot  et créent des curieux qui à force et avec leurs biceps veulent tenter leur chance et s’enrichir nonobstant les pièges et dangers à braver. Malheureusement, il est raconté que c’est devenu  le dernier refuge de plusieurs bandits de grands chemins venus d’autres coins de la province qui risquent d’insécuriser la route principale et les villages avoisinants ; mais aussi de raviver de problèmes fonciers latents et qui peuvent dans les jours proches créer des dégâts.

L’or est là

La plupart des puits d’or en plein exploitation sont situés sur la colline Nyenyezi à 3 kilomètres du Centre commercial de Luhihi et appartiendrait, selon des habitants, pour la majorité, à certains opérateurs économiques et politiques de Bukavu et Kinshasa.

En aval de Nyenyezi, se situe un ruisseau appelé KAJABWE. C’est un grand repère des exploitants artisanaux. Il est constaté qu’ils s’y répartissent en deux catégories : les grands exploitants et les petits exploitants. A ces deux catégories, on y note aussi les ouvriers journaliers qui sont associés d’une façon ou d’une autre au travail de ces deux premières catégories. Ils possèdent chacun une structure de leur encadrement et de défense de leurs intérêts. On compte à Luhihi trois coopératives minières : Il s’agit de la COMILU, la Coopérative Minière de Luhihi, de la COMIBEKO et de la COMUKI.

Les grands exploitants sont des orpailleurs détenteurs des cartes d’exploitant artisanal en cours de validité pour la zone concernée et sont ainsi appelés propriétaires de la carrière. Ils possèdent généralement  un fonds de roulement plus ou moins élevé. Ce capital leur permet d’engager dans leur unité de production de la main d’œuvre. Ces grands orpailleurs possèdent souvent des motopompes  qui les aident à vider les puits pendant les travaux de creusage et des concasseurs fabriqués artisanalement.

Une grande partie de cette catégorie d’acteurs n’est pas novice dans l’activité. Ils ont déjà exercé ailleurs et leur ancienneté dans l’activité leur permet d’acquérir le fonds de roulement, les moyens de production et les connaissances pratiques dans le lavage du fond limoneux contenant les particules d’or. En réalité, ces grands exploitants ont commencé pour certains en tant que petits exploitants, pour d’autres en tant que ouvriers ou même main-d’œuvre gratuite auprès des autres exploitants. Dans tous les cas, ces grands exploitants ne seraient pas venus sans avoir appris quelque part.

A côté des grands exploitants, il existe aussi les petits exploitants dans les mêmes carrières d’or.

Ils sont les plus nombreux. Pour la plupart, l’orpaillage se présente comme une stratégie de survie.

La quasi-totalité de petits exploitants n’a pas d’autorisation d’exploitation. Ils exploitent soit dans la clandestinité (illégalité) soit dans des zones gérées par les grands exploitants qui ont des cartes d’exploitation artisanale. Dans l’incapacité de se procurer les moyens de productions de masse, ils se contentent de creuser la terre à la recherche de pierres ou encore de ramasser celles rejetées par les grands exploitants.

Les grands exploitants et même quelques petits exploitants se font souvent aider par les ouvriers journaliers.

 

Vue de la rivière Kajabwe ou s’effectuent le tamisage et le lavage de l’or

Les ouvriers journaliers sont des jeunes, voire des enfants (filles et garçons) sans emploi. Ils offrent leur force de travail aux grands exploitants et aux petits exploitants moyennant une rémunération journalière. Leur travail consiste à creuser la terre, à transporter jusqu’au bassin où se fait le lavage et enfin à laver la terre. Les tâches des ouvriers sont souvent classifiées en fonction du genre. Les hommes sont affectés aux tâches qui nécessitent beaucoup de forces physiques. Ainsi, ils s’occupent du creusage de la terre et du lavage. Les filles quant à elles s’occupent du transport de la terre creusée et aussi à servir l’eau pour le lavage. Cependant, l’attribution de ces postes n’est pas figée. Il arrive que des filles lavent la terre ou encore que des hommes assurent le transport de la terre jusqu’au lavage.

1ère partie du Grand reportage de RATECO SK à Luhihi

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